• Sarah

Les émotions : des leviers de transformation et de libération avec les Kleshas

Dernière mise à jour : 11 févr.

Les événements extérieurs sont des opportunités de transformation. A chaque instant, on a la possibilité d’être libre ou conditionné, c’est notre manière de réagir qui fait la différence. Il est donc possible de voir à chaque instant nos émotions en réaction à ces événements comme l’expression d’une forme de conditionnement, et de choisir de s’en libérer, en l’accueillant et la laissant se dissoudre dans l’espace de la conscience. Observer nos émotions, c’est un champ immense d’occupation et d’évolution. Ainsi, les évènements non souhaités ne seraient plus des désagréments mais des opportunités.



MOKSHA, LA LIBÉRATION

Le yoga est avant tout un processus de raffinement afin d’éliminer nos blocages, nos peurs, nos croyances. La finalité du yoga est Moksha : la libération et réalisation de soi.

Mais pour se libérer de nos souffrances, la première étape quelque part c’est de reconnaître qu’il y a souffrance, et d’en étudier les causes. Même si chez nous parfois, en Occident, on a du mal à parler de la souffrance. La première étape est vraiment de la reconnaître, parce que s’il n’y a pas de souffrance, il n’y a pas de libération possible.


Pour les yoga-sutras, les émotions « négatives » sont celles qui nous font souffrir et nous enferment dans nos conditionnements. Celles-ci peuvent être reliés à 5 causes (les kleshas) : attachement, peur, rejet, ego, ignorance (sutra II.3). Le bouddhisme tantrique les résume en 3 « poisons racines » : attachement (attraction compulsive), rejet-colère et ignorance. Les deux traditions se rejoignent si on considère que la peur est rattachée au rejet, et l’ego à l’ignorance. Il est en tous cas intéressant d’observer de quelle manière chaque émotion enfermante que l’on peut vivre au quotidien se rattache à l’une des ces 3 causes, dont la principale est l’ignorance (ou la confusion).


Cependant le tantrisme ne considère pas les émotions comme négatives à proprement parler mais comme un levier de transformation. Car, dès lors que l’on observe, on apprend à les connaître, et ne plus les laisser nous enfermer dans nos conditionnements.

Il nous est difficile d’accepter de ne pas bien aller, alors que ce n’est pas grave : on a le droit de souffrir. Il faut au contraire se féliciter d’en prendre conscience, car cela permet de démarrer un chemin. Si on ne reconnaît pas la souffrance, c’est difficile de démarrer le chemin de la libération.


ON PEUT TRADUIRE LES KLESHAS SOUS 5 FORMES :

  • Avidya : l’ignorance

  • Asmitā : le sens du « je », l’égo

  • Rāga : le désir, l’attachement

  • Dvesha : aversion, colère

  • Abhinivesha : la peur de la mort, l’attachement à la vie




PREMIER KLESHA : AVIDYA, L’IGNORANCE Avidya est le premier Klesha et le plus important à comprendre. Voici ce qui est dit dans les textes (sutra n°4 du chapitre 2) : « L’ignorance de la réalité est la source des autres causes de souffrances, qu’elles soient développées ou en sommeil. » C’est-à–dire que l’ignorance est la racine de toutes les souffrances. Encore une fois, c’est la même chose que ce soit dans le yoga ou dans le bouddhisme. Quand on parle d’ignorance, on parle de de la confusion fondamentale: on parle de l’ignorance de la vraie nature de la réalité. C'est ce qui est expliqué dans le concept de Māyā, qui est l’illusion cosmique. L’idée de la réalisation du soi c’est d’aller au-delà de Maya, l’illusion cosmique. C’est de devenir notre véritable nature. Explication (rapide!) : chaque personne, chaque objet physique, du point de vue de l'éternité, n'est qu'une goutte d'eau d'un océan sans limites. Le but de l'éveil spirituel est de le comprendre, plus précisément de faire l'expérience de la fausse dichotomie, du mirage de la Māyā afin de la transcender, de passer son voile et de réaliser que le soi et l'univers ne font qu'un.

Il y a plusieurs caractéristiques à l’ignorance, dont une qui est extrêmement importante : l’impermanence. C’est le fait que toute chose, tout phénomène change à chaque instant. Ce qui est important de comprendre, c’est que ce n’est pas le changement en lui–même qui est souffrance. Mais c’est notre désir à ce que les choses qu’on aime perdurent qui nous crée de la souffrance, et la peur de perdre ce que l’on désire. Une autre notion importante à comprendre dans ce Klesha est l’interdépendance. L’interdépendance est cette notion qu’on est reliés au Tout. C’est l’idée que l’on n'existe pas réellement de façon indépendante, comme l’égo le voudrait quelque part. Sutra n°5 du chapitre 2 : « L‘ignorance de la réalité, c’est prendre l’impermanent, l’impur, le malheur, ce qui ce qui n’est pas le soi, pour le permanent, le pur, le bonheur et le soi. »


SECOND KLESHA : ASMITĀ, LE SENS DU « JE », L’ÉGO Asmitā correspond à l’égo, au sens du « je ». Le travail du yoga justement, est de se désidentifier de l’égo. Car c’est lui qui souffre réellement. L’ego est au cœur de nombreux courants de pensée orientaux et occidentaux, mais aussi au cœur de la philosophie du yoga. En effet, se poser la question de l’ego, interroger l’ego, essayer de le définir nous ramène à la question fondamentale de « qui je suis » ?

Comment comprendre qui je suis sans définir l’ego ? J’entends très souvent aujourd’hui la phrase : « Ça, c’est de l’ego ». « Ça n’est que de l’ego ». Avec très souvent un sous-entendu négatif. Comme si l’ego était toujours négatif. Dire, j’ai un ego revient souvent à dire : j’ai trop d’ego. L’expression « je n’ai pas d’ego » signifie tacitement « je ne me mets pas en avant ».


En fait, d'après le yoga, nous vivons comme si nous n’étions que matière. Comme si la matière était la finalité de nos vies. Et nous nous oublions, nous oublions notre identité profonde. Nous passons à côté d’elle. C’est cet ego qui amène à la souffrance que les Yoga sûtra nomme asmitā. Asmitā, c’est quand notre intellect s’attribue le pouvoir de la conscience. Cet ego est très limitatif car il nous fait croire que nous ne sommes que nos pensées en permanence changeantes, éternellement fluctuantes. Alors que nous sommes éternels et immuables. Asmitā, c’est cet ego qui se prend pour l’intellect et ne croit pas en sa nature éternelle. Asmitā c’est l’ego qui fait souffrir.

Cet asmitā, ce n’est pas l’idée d’avoir trop ou pas assez d’ego. Ce n’est pas une question de quantité, mais de qualité, de position : l’ego n’est pas à sa juste place. Asmitā, c’est un ego mal placé. Il se prend pour autre chose qu’il n’est en réalité. C'est donc une cause de souffrance car l’homme se trompe sur sa qualité première et se colle à une identité changeante. Est-ce que je suis la même que lorsque j’avais 10 ans ? Ou même que l’an dernier ? Je suis moi-même étonnée aujourd’hui de ce que j’ai pu faire à une époque de ma vie. Alors qui suis-je ? Cette personnalité en mouvement constant ? Ou autre chose, qui ne fluctue pas ? A quoi cela sert-il de s’identifier à un ego en perpétuel mouvement ?


TROISIÈME KLESHA : RĀGA, DÉSIR, L’ATTACHEMENT Rāga fait référence au désir et à l’attachement. On parle de désir au sens de soif de plaisirs des sens. C’est le le fait de vouloir toujours plus, d’être continuellement insatisfaits. Comme on souhaite toujours plus, le désir va être créateur d’attentes, et les attentes peuvent être créatrices d’attachement, etc. Pour se libérer du désir et de l’attachement dans notre quotidien, nous pouvons remplacer le mot « désir » par le mot « souhait » qui n’a pas du tout la même connotation. Il est également important de différencier l’amour et l’attachement. Ce sont des notions complètement opposées en philosophie du Yoga. Par exemple au sein d’un couple, l’attachement va venir de l’égo. L’attachement va être « rend moi heureux, j’ai besoin de toi pour être heureux ». À contrario, l’amour, va être « je te rends heureux en étant toi et en étant moi », la motivation n’est pas du tout la même. Bien sûr, on a tous des attachements, mais l’idée est de travailler sur ce détachement là et de cultiver l’amour véritable.


L’attachement, souvent irrésistible, est directement lié à la mémoire des plaisirs passés.


QUATRIÈME KLESHA : DVESHA, L’AVERSION, LA COLÈRE Dvesha représente l’aversion et la colère. L’aversion c’est le fait de ne pas vouloir rencontrer ce qui va nous apporter de la souffrance. La colère est expérimentée par tout le monde, et elle peut nous mener dans de l’agressivité, dans de la violence, qu’elle soit physique, mentale ou verbale.


L’aversion, est le résultat des actions passées pénibles souvent reliées au sentiment de peur.


CINQUIÈME KLESHA : ABHINIVESHA La peur de la mort, l’attachement à la vie Abhinivesha fait référence à la soif d’exister. Cette peur de la mort est aussi la racine de toutes nos peurs.


LES CINQ KLESHAS SONT SOURCES D’ÉMOTIONS PERTURBATRICES Ces cinq Kleshas vont venir déclencher d’autres émotions perturbatrices. Par exemple de l’agressivité, du dépit, de la jalousie, de la cruauté, de l’inattention, de l'insuffisance, de la malhonnêteté, du manque de respect et de considération par rapport à l’autre, d’un manque de conscience etc… Le premier travail est donc de réaliser que l’on crée sa propre réalité, et que le bonheur se trouve à l’intérieur. Il faut reconnaître ensuite la souffrance que l’on vit et étudier ses causes. Observer les schémas, ce qui nous rend aveugle dans notre prisme de perception. Ensuite, on peut travailler sur ces émotions perturbatrices, pour qu’elles n’affectent plus notre vie.



QUESTIONS / RÉPONSES SUR LA SOUFFRANCE EST-CE QUE LA PEUR PEUT FAIRE SOUFFRIR? Le fait d’avoir peur nous engendre de la souffrance. La peur et la colère sont deux émotions perturbatrices qui vont nous engendrer quoi qu’il arrive de la souffrance. Par exemple, avec la crise actuelle, beaucoup de personnes souffrent de peur de mourir. Et la colère, quant à elle, nous l’avons tous expérimentée, ne peut être source de joie.

COMMENT FAIRE POUR IDENTIFIER LES CAUSES DE NOTRE SOUFFRANCE ? La première étape, comme on l’a vu, est de reconnaître qu’il y a souffrance. C’est être capable de ne pas se mentir à soi même et constater que nous souffrons. La deuxième étape c’est d’arriver à identifier les causes de la souffrance à travers l’introspection. Par exemple à travers la pratique du yoga et de la méditation. On peut méditer sur ce qui nous fait souffrir, qu’est ce qui nous rend insatisfaits. Il s’agit de se questionner sur pourquoi on ressent cette émotion d’insatisfaction : est-ce qu’on se compare trop aux autres, est-ce qu’on se fixe de trop gros objectifs, où se situe notre égo etc.

EST-CE QUE LA SOUFFRANCE EST DUE À UN MANQUE DE RELIANCE ? Si on parle du mot reliance dans le sens de d’être relié à soi, alors oui. Parce que le premier klesha de l’ignorance, Avidya, c’est cet état continu de confusion fondamentale. C’est croire que le monde est tel qu’on le perçoit, alors que ce n’est pas la vraie nature de la réalité. On accède à la vraie nature de la réalité en se connectant à son véritable soi, qui est félicité, lumière, pure conscience. C’est unifier Atman (l’âme individuelle) avec Brahman (le Tout, le Cosmos, la Réalité ultime). Il est important de comprendre que Atman c’est ni plus ni moins le reflet de Brahman qui est en nous. C‘est cette notion de microcosme et de macrocosme : c’est-à-dire que Atman et Brahman sont la même chose.


LES REMÈDES À LA SOUFFRANCE On peut se référer aux huit membres du Raja-Yoga. Ce processus nous permet la réalisation suprême et l’élévation de la conscience, étape par étape, à travers l’état supra-conscient qui est le Samadhi. Mais il faut surtout travailler sur le lâcher prise et la prise de recul. C’est-à-dire voir au-delà de notre égo. Aujourd’hui, l’atmosphère mentale générale n’est pas une atmosphère propice à la joie. Mais on peut tout de même prendre du recul et éprouver de la gratitude pour le fait qu’on ai à boire ou à manger, par exemple. On peut aussi développer l’altruisme et la compassion. Une autre piste est de travailler l’acceptation de ce qui est. C’est l’une des choses les plus difficiles de travailler l’acceptation et le pardon. Ce sont néanmoins des remèdes à la souffrance. Car ce qui nous fait souffrir est le fait que les choses ne soient pas telles que l’on voudrait qu’elles soient. Il faut accueillir cette souffrance, puisque c’est en la reconnaissant qu’elle nous permet d’avancer sur le chemin. Cultiver l’amour de soi qui est extrêmement important, et aussi l’amour de l’autre, la paix, la joie intérieure, la bienveillance, le contentement. Et cela toujours avecune intention pure et une motivation pure. Développer qualités que l’on vient de décrire nous apportera beaucoup plus dans notre vie que de réussir le grand écart :) . La finalité du yoga est avant tout de cultiver l’amour dans la réalisation de soi. Toutes les inégalités et disparités que l’on connaît dans le monde traduisent ni plus ni moins un manque d’amour. Le Yoga c’est avant tout l’art d’aimer et de développer ses qualités d’amour pour trouver la paix, universelle.


CHACUN TROUVE SES PROPRES MÉTHODES Chacun va trouver ses propres méthodes et sa propre voie pour travailler sur sa souffrance et être plus dans la joie intérieure. Il y a plein de disciplines qui existent pour élever nos consciences et c’est à chacun de trouversa discipline de cœur.




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